Faits reprochés :
Les éléments suivants ont été retenus pour motiver la condamnation d'Antoine :
des incohérences entre la description des vêtements portés par Antoine le jour des faits et des photographies le montrant avec d’autres vêtements lors d’un événement ce même jour ;
la présence de nombreux résidus de poudre sur le t-shirt porté par Antoine cette journée là ;
l’absence de traces de sang sur ses vêtements a également été interprétée comme compatible avec des tirs effectués à distance.
Réponse de la défense :
Un changement de tenue avéré, mais une lecture biaisée des éléments matériels : Il est établi qu’un changement de tenue est effectivement intervenu au cours de la journée des faits. Ce changement correspond précisément aux déclarations d'Antoine et est confirmé par le témoignage d’une personne l’ayant vu porter la tenue qu’il a déclarée. Les photographies le montrant avec des vêtements différents ne traduisent donc pas une contradiction, mais bien une succession de tenues sur une même journée. Par ailleurs, l’absence de sang sur les vêtements d'Antoine ne saurait, à elle seule, établir sa culpabilité.
Il convient toutefois de relever que des résidus de tir ont été détectés sur les deux t-shirts portés successivement par Antoine. Cet élément matériel, loin de trancher la question, doit être examiné avec prudence.
Des résidus de poudre, mais pour quel jour ? Les experts ont effectivement retrouvé 27 particules de poudre sur l'un des t-shirts d'Antoine, dont 18 concentrées sur le col. Si l’expert a qualifié cette présence de "non anodine" et probablement liée à un tir, rien ne permet d’affirmer que ces résidus datent du 4 novembre 2017. Antoine, en tant que chasseur et berger, manipulait régulièrement des armes. Ces résidus pourraient tout aussi bien provenir d’une séance de tir antérieure, d’un contact avec des vêtements ou des mains contaminées, ou même d’une exposition environnementale (poussière, manipulation de munitions). Aucune datation n’est possible : les résidus de poudre ne permettent pas de déterminer quand ils ont été déposés. Comment, dans ces conditions, les lier avec certitude aux faits reprochés ?
Ce qui est encore plus préoccupant, c’est le traitement inégal des prélèvements entre Antoine et les autres personnes concernées par l’enquête : Pour deux autres individus, les prélèvements ont été réalisés conformément au Code de procédure pénale, c'est à dire que leurs vêtements ont été transmis directement à l’expert, qui a effectué lui-même les analyses. Ils ont en outre cosigné les procès-verbaux, garantissant la traçabilité et la transparence de la procédure. Pour Antoine, en revanche, la procédure a été radicalement différente : ses vêtements n’ont pas été transmis directement à l’expert, mais prélevés par des techniciens intermédiaires, puis envoyés en fragments. Cette rupture dans la chaîne de traçabilité des preuves augmente les risques de contamination ou d’erreur. Les vêtements des autres individus ont été manipulés avec des précautions standard (séparation des zones pour éviter les contaminations croisées), ce qui n’a pas été le cas pour ceux d'Antoine. Or une contamination par contact pourrait expliquer la présence de poudre sur ses deux t-shirt ayant été en contact. Par ailleurs, Antoine n’a pas été invité à cosigner le procès-verbal de prélèvement, contrairement aux autres. Cette différence de traitement soulève des questions sur le respect de ses droits et l’égalité de la procédure. Pourquoi un tel écart de traitement ? Une telle disparité dans les méthodes fragilise la validité des preuves recueillies à l’encontre d'Antoine et jette un doute sur l’équité de l’enquête.
Des prélèvements essentiels, jamais analysés… et aujourd’hui probablement disparus : Le dernier point concerne l’absence d’analyse de certains prélèvements réalisés sur Antoine. Des prélèvements avaient été effectués sur les cheveux, les mains et le visage d'Antoine, dans ce qui semblait être une démarche standard pour rechercher des traces biologiques, comme du sang. Pourtant, aucun de ces échantillons n’a jamais été transmis à l’expert pour analyse. Lorsque les avocats d'Antoine ont interrogé l'expert lors du procès en appel sur ce point, une réponse pour le moins surprenante leur a été donnée : la méthode utilisée (les tamponnoirs) ne permettait en réalité de détecter que des résidus de tir, et non des traces de sang comme initialement annoncé.
Comment expliquer une telle confusion ? Si l’objectif était bien de rechercher des traces de sang – ce qui aurait pu confirmer ou infirmer la thèse des tirs à distance (l’absence de sang sur les vêtements d'Antoine ayant été interprétée comme un indice de préméditation), pourquoi avoir recours à une méthode inadaptée ? Et surtout, pourquoi ces prélèvements, une fois réalisés, n’ont-ils jamais été analysés avec la rigueur requise ? La réponse à ces questions reste floue.
Les éléments présentés ici sont issus des débats contradictoires et des documents versés au dossier. Les interrogations et contestations reposent sur les arguments développés par la défense lors des procédures judiciaires.