Faits reprochés :
Les éléments suivants ont été retenus pour motiver la condamnation d'Antoine :
découverte d'un fusil à pompe correspondant à l'arme du crime avec dedans une balle chambrée percutée mais non éjectée ;
la concordance entre les étuis de munitions retrouvées sur les lieux du crime et celles retrouvées chez Antoine.
Réponse de la défense :
La détention d’armes à feu, dans cette affaire, ne saurait être présentée comme un élément suspect ou exceptionnel. En Corse, et en particulier dans les zones rurales, il est courant que des habitants possèdent un fusil, notamment en raison de la pratique de la chasse. Cette réalité locale est largement répandue. Antoine s’inscrivait pleinement dans ce cadre : berger et chasseur, il détenait deux armes, dont l’une lui avait été offerte dans un cadre personnel. Il est d’ailleurs essentiel de souligner que la victime elle-même possédait des armes à feu. Ainsi, la possession de deux fusils par Antoine ne présente, en soi, aucun caractère inhabituel ni suspect au regard du contexte local.
Il convient de préciser que le fusil à pompe appartenant à Antoine n’avait rien de dissimulé contrairement à ce qui a été avancé par l'accusation. Il se trouvait simplement dans son véhicule, un 4x4, où il était habituellement conservé. Sa découverte n’a donc présenté aucune difficulté : l’arme n’était pas cachée.
Par ailleurs, l’expertise balistique n’a jamais permis d’établir que les munitions ayant causé la mort de la victime provenaient du fusil d'Antoine. Les experts ont seulement indiqué qu’elles avaient été tirées par un fusil à pompe du même type. Or ce type d’arme est particulièrement courant en Corse.
Enfin, plusieurs incohérences importantes ont été relevées dans l’analyse balistique, notamment à la lumière du témoignage du policier scientifique entendu lors du procès en appel :
Des scellés et des preuves aux couleurs changeantes : L’un des premiers problèmes – et non des moindres – concerne la couleur des douilles retrouvées sur la scène du crime. Les photographies prises sur les lieux montrent des douilles d’une couleur bien précise, différente de celle des douilles retrouvées dans les scellés. Or, la couleur d’une douille ne peut pas varier simplement en fonction de l’éclairage ou de l’angle de la photographie. Cette différence inexplicable soulève une question fondamentale : les douilles analysées sont-elles bien celles qui ont été retrouvées sur les lieux du crime ? Cette interrogation est d’autant plus pertinente que certaines douilles présentes sur la scène n’ont tout simplement pas été prélevées, et donc jamais analysées. Comment, dans ces conditions, affirmer avec certitude que les douilles retenues comme preuves sont bien celles qui comptent ? L’enquête balistique semble avoir été menée de manière sélective, laissant de côté des éléments potentiellement cruciaux.
Statut des douilles : Certaines douilles sont décrites dans le dossier comme « non percutées », alors qu’elles apparaissent clairement percutées dans les scellés. Une telle contradiction sape la crédibilité de l’ensemble de la procédure et soulève des questions sur la rigueur avec laquelle les preuves ont été traitées. D’ailleurs la traçabilité même des soi-disantes preuves est remise en question car il y a des ratures sur les scellés, ce qui ne devrait pas exister.
L'hypothèse de deux tireurs était l'hypothèse de départ de l'enquête. L’expert en balistique, lors du procès en appel, condescendra à dire que l'hypothèse des deux tireurs est une possibilité. Plusieurs indices étayent cette théorie : des tirs « croisés » provenant de deux positions distinctes, la distance séparant ces points de tir, ainsi que l’intervalle de quelques secondes entre les détonations, tel que rapporté par les témoins. Ces éléments associés au fait qu'il y avait deux types de munitions (chevrotine et gros calibre) suggèrent fortement l’utilisation de deux armes différentes et, par conséquent, l’implication potentielle d'au moins deux personnes. Pour rappel, la qualification initialement retenue par les enquêteurs était celle de meurtre avec préméditation en bande organisée, impliquant l’existence de plusieurs auteurs ou complices. Pourtant, faute d’avoir établi le moindre lien entre Antoine et un éventuel complice, cette qualification a finalement été modifiée. Comme s’il devenait soudain envisageable qu’un seul homme ait pu agir, alors même que les premiers éléments de l’enquête laissaient entendre l’inverse. Pourquoi la piste de deux tireurs, pourtant appuyée par les éléments matériels, n’a-t-elle jamais été approfondie ? Tout indique qu’à un stade précoce, l’enquête s’est structurée autour d’Antoine, au point d’orienter l’analyse des faits dans ce sens ("effet tunnel"). Cette focalisation semble avoir conduit à écarter d’autres hypothèses crédibles et à produire certaines incohérences, voire des interprétations forcées des éléments de preuve.
Un fusil qui ne correspond pas aux preuves balistiques : L’analyse balistique du fusil retrouvé chez Antoine ne correspond pas aux éléments observés sur la scène de crime. Selon l’expert en balistique, la dispersion des projectiles (chevrotine) propre à ce fusil ne correspond pas à celle observée sur les lieux. Pour expliquer cette différence, l’expert a avancé plusieurs hypothèses, comme un événement particulier avant le tir ou la présence d’un obstacle ayant pu modifier la trajectoire. Pourtant, aucune preuve matérielle ne vient étayer ces explications. Comment, dans ces conditions, affirmer avec certitude que le fusil d'Antoine est l’arme du crime ? L’absence de preuves tangibles pour expliquer cette incohérence remet en cause la crédibilité de toute l’analyse balistique et fait peser un doute raisonnable sur l’identification de l’arme utilisée, qui rappelons-le est un simple fusil à pompe, arme commune dans les villages corses.
Incohérences dans les photographies : Les photographies des douilles présentent des différences notables : par exemple, une branche apparaît sur une photo et disparaît sur une autre. Le policier scientifique a expliqué avoir déplacé la branche pour améliorer la visibilité, une manipulation qui, si elle peut sembler anodine, remet en cause l’intégrité de la scène de crime. En effet, toute modification, même minime, d’une scène de crime peut altérer les preuves et jeter un doute sur la fiabilité des éléments recueillis.
Incohérence avec son comportement habituel : Antoine, toujours attentif à la nature, ramassait systématiquement ses cartouches après chaque tir, que ce soit lors de ses parties de chasse ou lorsqu'il tirait en l'air pour effrayer une chèvre, lorsqu’elle s’aventurait dans des endroits difficiles d’accès, afin de l'inciter à se réfugier dans le troupeau. Plusieurs cartouches usagées retrouvées dans son véhicule confirment cette habitude. Pourtant, ce jour-là, des cartouches propres auraient été abandonnées sur la scène de crime ?
Comment peut-on s’appuyer sur des preuves balistiques quand les éléments matériels eux-mêmes se contredisent ? Ces anomalies ne sont pas de simples détails. Elles sapent la crédibilité de toute la chaîne de preuves et laissent penser que les éléments retenus contre Antoine ont été sélectionnés, voire manipulés, plutôt que recueillis et examinés avec la rigueur exigée et l'impartialité nécessaire par une enquête criminelle.
Au final, les preuves balistiques censées accabler Antoine soulèvent bien plus de doutes qu’elles n’apportent de réponses. Cette partie du dossier semble bien plus construite pour servir une thèse que pour établir une vérité indiscutable.
Les éléments présentés ici sont issus des débats contradictoires et des documents versés au dossier. Les interrogations et contestations reposent sur les arguments développés par la défense lors des procédures judiciaires.