Faits reprochés :
La justice pour retenir sa culpabilité s’est appuyée sur:
Le caractère fluctuant de ses déclarations concernant ses déplacements ce jour-là ;
Des témoignages contredisant sa dernière version des faits ;
Une concordance entre la tranche horaire où des témoins auraient vu Antoine à proximité des lieux du crime et le créneau horaire des coups de feu ;
Un témoignage selon lequel Antoine serait passé en milieu de journée, bien avant le meurtre. La Cour d’Assise d’Appel en a déduit la préméditation car il serait venu une première fois, aurait vu que la victime n’était pas seule, et serait donc revenu plus tard pour tirer depuis deux postes de tir.
Réponse de la défense :
Les variations des déclarations d'Antoine, présentées comme suspectes, relèvent en réalité d’une confusion parfaitement explicable et non d’un quelconque indice de culpabilité: L’un des arguments les plus accablants contre Antoine repose sur une déclaration initiale lors de sa mise en examen où il aurait admis s’être trouvé près des lieux du crime. Pourtant, cette affirmation s’explique par une confusion entre le 4 novembre 2017 et une journée type où Antoine se rendait effectivement dans ce secteur. Cette erreur, loin d’être un aveu déguisé, trouve une explication d'ordre psychologique. L'expert judiciaire psychologue, lors du procès en appel, a clairement établi qu'Antoine souffrait d’un état de stress post-traumatique lié à son arrestation et à son incarcération (le fameux "choc carcéral"). L’expert a confirmé qu'Antoine était dans cet état lorsqu’il l’a rencontré deux/trois jours seulement après sa mise en détention. Il confirme que ce trouble, qui peut durer plusieurs mois, a pu perturber ses souvenirs et le pousser à décrire une journée habituelle plutôt que les événements précis du 4 novembre.
Au fil de l’enquête et des mois, Antoine et ses avocats ont pu reconstituer précisément le déroulement de sa journée, grâce à une multitude de témoignages. Ces derniers, variés, dessinent une chronologie bien différente de celle retenue par la justice.
Les témoignages recueillis dans cette affaire sont nombreux, mais aussi profondément contradictoires. Certains témoins se contredisent même d’une audition à l’autre. Au fil des déclarations, Antoine semble ainsi avoir été vu à plusieurs endroits au même moment. Dans le même temps, plusieurs témoignages solides et favorables à Antoine n’ont pas été pris en compte par les enquêteurs. Face à ces incohérences, la justice a privilégié les éléments allant dans le sens de l’accusation, écartant ceux qui la contredisaient. Il est également important de souligner qu’au moment du procès en devant la cour d’assises d’appel de Bastia, plusieurs témoins déclaraient ne plus se souvenir de leurs déclarations initiales. Le président de la cour devait alors leur en rappeler le contenu. L’un d’eux a même murmuré : « Si vous le dites, c’est donc ce que j’ai dit. »
Une prétendue présence “à proximité” et une concordance horaire contestable: La Cour administrative d’appel de Bastia affirme qu’un témoin aurait vu Antoine « à proximité » du lieu du crime. En réalité, le témoin situe Antoine « en bas du village », alors que les faits se sont déroulés bien plus haut. Une telle interprétation de la configuration des lieux est erronée : parler de « proximité » dans ces conditions est, au mieux, inexact, et au pire, profondément tendancieux. Surtout, aucun témoin n’a affirmé avoir vu Antoine sur les lieux au moment des faits (entre 15h30 et 15h50). À l’inverse, plusieurs témoignages concordants le placent dans un autre village, Orto, où il participait à une fête. Un témoin réputé pour sa précision sur les horaires (surnommé "la pendule") situait même Antoine à Orto au moment du crime, mais n’a pas pu être entendu en appel pour des raisons de santé. Ces témoignages constituent un alibi sérieux et cohérent.
Un passage en milieu de journée transformé en preuve de préméditation: Un témoignage évoque un passage d'Antoine en milieu de journée, bien avant les faits. Sur cette base, la Cour d’assises d’appel a construit un scénario de préméditation : Antoine serait venu une première fois, aurait constaté que la victime n’était pas seule, puis serait revenu plus tard pour tirer depuis deux postes. Une telle conclusion repose pourtant sur une interprétation fragile de témoignages incertains.
Un élément technique vient également questionner la présence supposée d'Antoine sur les lieux du crime : à l’heure des faits, son téléphone portable, rechargé entre temps après être repassé chez lui, borne à Vico, un village situé à environ 15 km de Soccia. Or, Soccia dispose de sa propre antenne relais de téléphonie mobile. En règle générale, un téléphone se connecte à l’antenne la plus proche ou offrant la meilleure couverture. Si Antoine s’était trouvé à Soccia au moment des faits, son téléphone aurait donc normalement été capté par l’antenne relais située dans ce village. Le fait que son téléphone borne à Vico indique qu’il se trouvait dans la zone de couverture de cette antenne, ce qui est difficilement compatible avec l’hypothèse de sa présence à Soccia au moment des faits.
Une journée normale, loin de tout acte criminel: Le jour du crime, Antoine a mené une journée ordinaire, rythmée par des gestes simples et habituels : appeler le garagiste pour la réparation de sa 206, donner de l’eau à ses chèvres, et s’occuper de ses tâches quotidiennes. Plus tard, après l'heure estimée de la mort de la victime, il était chez un ami pour l’apéritif. Les témoins présents, dont certains attentifs aux rumeurs qui circulaient dans le village, décrivent un jeune homme calme, détendu et souriant, totalement à l’aise. Aucun comportement inhabituel, aucune agitation ni signe de stress n’ont été observés. Chaque élément de sa journée témoigne d’une personne vivant une journée normale, loin de l’état d’esprit ou des actions que l’on pourrait attendre d’un auteur de crime prémédité.
Enfin, son profil psychologique est incompatible avec un acte prémédité de cette nature, comme l’a souligné l’expert. Il existe une incompatibilité flagrante entre le mode opératoire des faits et la personnalité d'Antoine, comme l’a souligné l’expert psychologue lors du procès en appel. Les faits reprochés à Antoine supposent un meurtre commis "à froid", avec une préméditation et une exécution méthodique depuis deux postes de tir. Or, selon l’expert, rien dans le profil d'Antoine ne correspond à ce scénario. Les tests de personnalité n’ont révélé aucune tendance à la préméditation, mais plutôt une personnalité susceptible d’être submergée par ses émotions, tout en étant capable de retrouver son calme par la suite. Cette analyse est d’autant plus pertinente que, lors de l’altercation avec la victime une semaine avant les faits, Antoine n’a pas réagi par la violence physique, malgré un différend animé au début. Comment pourrait-il, dans ces conditions, passer à l’acte de manière aussi calculée et froide six jours plus tard ? L’expert a été formel : la préméditation ne correspond pas à la personnalité d'Antoine.
De plus, le profil Haut Potentiel Intellectuel (HPI) d'Antoine (détecté par l'expert psychologue) rend peu crédible l’hypothèse selon laquelle il se serait volontairement placé sur les lieux du crime, le jour des faits, s’il en avait été l’auteur. Une personne dotée d’un haut potentiel intellectuel aurait très probablement anticipé les risques liés à une telle erreur, surtout dans le cadre d’un crime supposément prémédité.
Entre la confusion psychologique d'Antoine, des témoignages contradictoires retenus à charge tandis que des éléments favorables étaient ignorés, des interprétations erronées, un indice technique écarté et un mode opératoire totalement étranger à sa personnalité, la solidité de la conviction de la Cour apparaît sérieusement contestable. Dans cette affaire, la Cour d’appel d’assises de Bastia a préféré s’appuyer sur des interprétations orientées, des témoignages fragiles, voire contradictoires, et des préjugés sur ce que devrait être un « coupable idéal », plutôt que sur la réalité des faits.
Les éléments présentés ici sont issus des débats contradictoires et des documents versés au dossier. Les interrogations et contestations reposent sur les arguments développés par la défense lors des procédures judiciaires.