Faits reprochés :
La justice a retenu l’existence d’un différend entre Antoine et la victime, portant sur :
le non-renouvellement de la convention pluriannuelle par l'AFP (Association Pastorale dont la victime était président) permettant à Antoine d'utiliser un terrain pour ses chèvres, et le devenir des subventions qui découlent de cette subvention ;
et la revendication par Antoine du terrain sur lequel la victime effectuait des travaux de terrassement au profit de tiers, ayant conduit à une altercation violente une semaine avant les faits.
Réponse de la défense :
Le différend, bien que réel, ne constitue pas un mobile suffisant pour expliquer les faits reprochés. La convention en question était valable jusqu’en 2019, laissant à Antoine un délai largement suffisant pour engager des recours administratifs ou trouver une solution alternative. Les subventions qui en découlaient n’étaient donc pas immédiatement menacées, et Antoine avait d’ores et déjà entamé des démarches pour résoudre ce différend à l’amiable. Il avait même contacté un représentant syndical pour discuter de la situation, une initiative qui témoigne davantage d’une volonté de médiation que d’une escalade vers la violence. Un conflit administratif en cours de résolution ne peut justifier un acte aussi radical.
En 2017, Antoine a bâti seul sa bergerie, à la seule force de ses bras. Sans capitaux, sans appui institutionnel, il a refusé, par principe, de solliciter les aides européennes auxquelles il avait pourtant droit. Durant plusieurs semaines, faute de revenus, il ne s’est nourri que de fromage, préférant l’austérité au renoncement à son indépendance. Ce n’est qu’après de longues discussions familiales, et à contrecœur, qu’il a accepté de déposer une demande d’aides. Celles-ci lui ont été accordées quelques semaines seulement avant les faits, lui permettant enfin d’améliorer sa situation et de se dégager un modeste salaire. Ce parcours atteste d’une réalité évidente : Antoine n’a jamais été animé par l’appât du gain ni par une dépendance aux aides financières. Sa situation économique, loin de se dégrader, s’était stabilisée. Rien, dans ces éléments, ne permet d’identifier un quelconque mobile financier susceptible de conduire à un crime.
Un différend sans enjeu réel, présenté à tort comme un mobile: L’altercation invoquée par l’accusation (qui précisons-le fut uniquement verbale) repose sur un revirement de décision : un terrain initialement refusé à Antoine pour l’installation de sa bergerie — au motif qu’il ne fallait pas d’animaux à proximité du village — se voyait soudain attribué à d’autres pour l’implantation de parcs à cochons. Face à cette incohérence, qui lui paraissait être une injustice, Antoine s’était rendu sur place afin d’en discuter avec la victime. Si l’échange avait débuté de manière animée, il s’était, selon Antoine, apaisé par la suite. Surtout, Antoine ayant déjà construit sa bergerie sur un autre terrain, l’usage du terrain contesté ne présentait donc plus aucun enjeu pour lui. Le différend, privé de toute conséquence concrète, ne saurait être érigé en mobile. Dans ces circonstances, comment croire qu’un désaccord devenu sans objet, porté par un homme dont la situation s’améliorait et qui n’a jamais été attaché aux intérêts financiers, aurait pu se transformer en une intention meurtrière ?
Mais c’est peut-être l’avocate de la famille de la victime (Partie civile) elle-même qui a offert l’argument le plus frappant lors du procès en appel. Après avoir consacré plus d’une semaine d’audience à tenter d’établir un mobile pour Antoine, elle a finalement reconnu dans son plaidoyer que celui-ci n’en avait pas, affirmant même qu’il n’en aurait pas eu besoin pour commettre le crime. Cette évolution démontre que, même du côté de la partie civile, aucun élément probant n’a pu être apporté pour établir l’existence d’un mobile dans le cadre de leur argumentation. Triste tentative d’insinuer un déséquilibre mental ou intellectuel chez Antoine, une hypothèse balayée par les expertises psychiatrique et psychologique mandatées dans l’affaire. Celles-ci ont en effet formellement conclu que la santé mentale d'Antoine n’était pas altérée. Dès lors, comment peut-on concilier cette absence de mobile avec la thèse d’un crime prémédité ?
Les avocats d'Antoine ont fait valoir que d'autres pistes ont été négligées. Ils ont à plusieurs reprises lors des procès souligné que des personnes ayant eu des altercations bien plus violentes avec la victime n’ont jamais été sérieusement investiguées. Alors pourquoi l’enquête s’est-elle concentrée sur un différend administratif, alors que d’autres voies, peut-être plus prometteuses, n’ont pas été explorées ?
Au final, si la justice a retenu ces différends comme mobile, les éléments concrets manquent cruellement pour étayer cette affirmation. Entre une convention encore valable, une altercation apaisée, et l’absence de toute preuve d’un passage à l’acte prémédité, le mobile invoqué par l’accusation apparaît bien fragile. Le mobile invoqué ne tient pas debout. Sans mobile, quelle crédibilité peut avoir la condamnation d'Antoine ?
Les éléments présentés ici sont issus des débats contradictoires et des documents versés au dossier. Les interrogations et contestations reposent sur les arguments développés par la défense lors des procédures judiciaires.