Dès les premiers temps de l’enquête sur le meurtre de Patrick Julien, l’attention des investigations s’est portée sur Antoine, qui est devenu le principal suspect. À partir de ce moment, une grande partie des vérifications a été conduite autour de cette hypothèse. Dans le même temps, certains éléments et pistes susceptibles d’éclairer l’affaire étaient nettement moins approfondis. Cette situation peut évoquer ce que les spécialistes de l’enquête judiciaire appellent un effet tunnel : lorsqu’une hypothèse s’impose très tôt, les investigations tendent progressivement à se concentrer sur sa confirmation plutôt que sur l’exploration de l’ensemble des possibilités.
Dans ce contexte, les vérifications approfondies réalisées concernant Antoine — analyses ADN, perquisitions, exploitation des données téléphoniques, examen détaillé de ses déplacements et de ses déclarations — n’ont pas été menées avec la même intensité concernant d’autres pistes ou d’autres personnes susceptibles d’être examinées dans le cadre de l’enquête.
Lorsqu’un témoin a prévenu les gendarmes qu’il y avait une autre rumeur concernant une autre personne qu’Antoine, aucune investigation n’a été faite sur cette personne ; en revanche, le témoin a été mis sur écoute !
Des éléments matériels qui auraient dû être davantage exploités
Certains éléments présents sur la scène de crime ou à proximité auraient également pu faire l’objet d’investigations complémentaires :
Le dispositif de lecture automatisée des plaques d’immatriculation (LAPI) installé devant la gendarmerie de Vico n’a pas été exploité pour identifier les véhicules extérieurs au village de Soccia ayant emprunté le seul axe d’accès le jour des faits. Cet emplacement stratégique aurait pourtant permis une analyse rigoureuse des flux entrants et sortants, susceptible d’identifier d’autres suspects ou de confirmer des déclarations d’enquête. Ainsi, le signalement d’un utilitaire blanc inconnu, repéré par des témoins à proximité de la scène de crime dans la même tranche horaire, aurait pu donner lieu à une recherche, voire une identification.
Deux mégots de cigarette et des traces de pas retrouvés sur la scène du crime n’ont jamais été analysés. Il a été évoqué qu’ils pouvaient provenir de personnes présentes après les faits, notamment lors de l’arrivée des secours ou des forces de l’ordre. Toutefois, ces hypothèses n'ont pas fait l’objet de vérifications permettant de les confirmer.
Un contexte qui pouvait ouvrir d’autres pistes
La victime occupait plusieurs fonctions dans la vie locale, notamment en tant qu’adjoint au maire de Soccia, président de l'Association Foncière Pastorale (AFP) et gérant d'une entreprise de BTP. Ces responsabilités pouvaient naturellement l’amener à être en contact avec de nombreuses personnes et à gérer des situations parfois sensibles.
Les éléments du dossier montrent que la situation entourant la victime ne se limitait pas à une seule relation conflictuelle. Au cours des années précédant les faits, plusieurs épisodes de tensions ou de menaces avaient été évoqués, à différentes occasions et dans des contextes distincts. Certaines concernaient directement la victime (qui avait été menacée, y compris de mort, sur de nombreux SMS), d’autres visaient également des membres de sa famille. Par ailleurs, des désaccords et disputes avaient également existé dans le cadre de l’activité agricole locale.
Ces différents éléments montrent que l’environnement relationnel autour de la victime était plus large et plus complexe, et qu’il pouvait potentiellement ouvrir d’autres pistes d’analyse. Ainsi, alors que plusieurs éléments pouvaient contribuer à éclairer le contexte de cette affaire, l’essentiel des investigations s’est concentré sur la piste visant Antoine, laissant d’autres aspects du dossier inexploités.
Les éléments présentés ici sont issus des débats contradictoires et des documents versés au dossier. Les interrogations et contestations reposent sur les arguments développés par la défense lors des procédures judiciaires.